
La châsse de Sainte Rolende
Selon la légende, Rolende était fille de Didier, roi de Gaule. Recherchée en mariage par le fils du roi d'Ecosse, guerrier de valeur et de renom, Rolende s'enfuit du palais royal car elle voulait se consacrer à Dieu et exécuter son dessein de n'appartenir qu'à Lui. Elle erra longtemps et, épuisée, atteignit Villers-Poterie où elle fut bien accueillie. Mais là, au château de Villers-Poterie, elle mourut d'épuisement. C'était en 774.
On voit encore dans la chapelle de ce château une pierre sur laquelle est gravée, en lettres gothiques, l'inscription suivante : "hic obiit Virgo Rollendis".
Lorsqu'on eut ramené avec pompe la dépouille sacrée de Rolende à Gerpinnes, on la déposa dans l'église, du côté droit, où un mausolée lui fut érigé pour la conserver.

Ce tombeau devint si célèbre par les miracles éclatants de tout genre qui s'y opérèrent qu'on y vit affluer une foule innombrable avide d'obtenir la délivrance, soit des infirmités corporelles, soit de l'aveuglement spirituel. On dit que "du corps virginal de Rolende, suintait en grande abondance une huile sacrée dont l'onction guérissait les plaies.
En l'an 1097, Otbert fit enlever de terre le corps de Sainte Rolende et le mit en une châsse après avoir procédé à l'élévation des reliques. Cette châsse était en cuivre et en argent. Elle fut restaurée en 1399.
C'est le 13 mai 1599 que les reliques de Sainte Rolende furent déposées dans la châsse actuelle par Mgr J. Blasaeus, evêque de Namur. Dûe à la générosité des habitants de Gerpinnes et de nombreuses localités voisines, elle est sortie des ateliers de Henri Libert – orfèvre de Namur - et a coûté 553 florins.
Elle offre un des plus beaux spécimens d'orfèvrerie que nous aient légués les XVe et XVI siècles, qui furent d'ailleurs marqués par la décadence en ce domaine.
La châsse de Sainte Rolende, pour la matière, constituée de cuivre doré, rehaussé de nombreuses plaques d'argent, est en style renaissance ; la plupart des ornements cependant appartiennent au roman. Elle a la forme d'une basilique sans transept ou celle d'un sarcophage rectangulaire à deux versants dans la partie supérieure; elle est terminée sur les petits côtés par deux pignons élégants.
Le corps du monument repose sur de riches moulures, surmontées de rinceaux et d'entrelacements gracieux, en imitation de filigrane. Il est subdivisé en quatorze panneaux séparés par des pilastres en saillie. Sur douze de ceux-ci s'ouvrent des niches contenant les statuettes des apôtres, avec l'inscription, sur argent, du nom de chacun d'eux et d'un article du Credo.
Les bas-reliefs, en argent repoussé, forment autant de tableaux d'une originalité naïve et d'un fini surprenant représentant les diverses scènes principales qui se rapportent à l'histoire traditionnelle de sainte Rolende : mariage de ses parents, naissance, vocation, refus d'un prétendant, fuite à l'étranger, arrivée à Gerpinnes, transport de la moribonde, la mort, le triomphe.
Sur l'un des versants sont représentés : saint Guillaume de Gellone, saint François d'Assise, saint Etienne. Dans les pignons sont figurés saint Michel, patron de l'Eglise ; et sainte Hélène, patronne de l'abbesse de Moustier-sur-Sambre, dame de Gepinnes. On y lit au bas de l'inscription suivante : " Madame Hélène de Huy de Moustié-Gerpinnes décora cest ymage au nom de sainte Rolende. A° 1599 ".
Ces panneaux sont reliés par des bandes ciselées formant cadres dorés, et ornées de masques renaissance. La châsse est parsemée de lys d'argent sur or. Sur les petits côtés, on admire deux écussons d'argent et d'or sur azur : l'un composé de trois lys, l'autre de trois tours. Deux statues les surmontent ; celle du Sauveur du monde et celle de saint Crépin, patron de la corporation des tanneurs.
La crête qui couronne la châsse et les angles du tympan se composent de lys finement ajourés ; on y voit trois statuettes ; celles de sainte Catherine, de sainte Rolende, de sainte Barbe, tenant en main le livre des Evangiles et séparées par de petits globes qui parachèvent cette ornementation.
La châsse de Sainte Rolende est exposée de façon permanente dans l'église Saint-Michel de Gerpinnes.